Message original: beuillot
Pour les hôpitaux, on est sur une TRES mauvaise voie, notamment avec la tarification à l'activité. En gros, plus on fait d'examens complémentaires et de gestes tarifés (interventions chirurgicales, gestes invasifs comme la pose de cathéters à tout va, loin d'être anodine),plus on occupe de lits et plus on touche de crédits pour son service. Je ne vous fait pas un dessin quant aux dérives possibles.
Tout s'évalue par chiffres aujourd'hui. Exemple : un patient de 90 ans, dément au point de ne s'exprimer que par cris, souffre d'artérite des membres inférieurs (dépots de cholestérol qui obstruent progressivement les artères) et commence à pourrir sur pied (je ne mets volontairement pas de s). On décide de l'amputer, il fait TROIS arrêts cardiaques sur table, on le réanime trois fois et on le renvoie vite crever dans sa maison de retraite. Résultats : des chiffres de mortalité per-opératoire faibles, même pour des patients très âgés. Bravo, vous êtes le meilleur service de chirurgie cardio-vasculaire de France, genre de chiffres à la con publiés dans des hebdos généralistes, qui réalisent des tirages records cette semaine-là. Ne vous fiez pas à ces conneries qui mélangent tout!
LES DEPECHES LE PROGRES
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Article du vendredi 2 novembre 2007
Déficit record à l'hôpital de Lons
La tarification à l'activité, censée être favorable à des hôpitaux comme celui de Lons, paraît être à l'origine du problème. Le déficit serait de quatre millions et demi en 2007 et pourrait atteindre la même somme en 2008
Historique. Ainsi le syndicat CGT qualifie-t-il le déficit prévu en 2007 pour l'hôpital de Lons (voir notre article dans cette même page). L'annonce en a été faite lors du conseil d'administration, le 15 octobre dernier. Au cours de la même réunion, le rapport préliminaire de l'état prévisionnel des recettes et des dépenses 2008 a été présenté : il envisage le même manque pour l'année à venir.
À tel point que même le comité médical d'établissement (CME), qui habituellement vote pour le budget présenté, a voté contre. « Nous sommes à un tournant pour un hôpital comme Lons », témoigne le docteur Denis Baborier qui préside ce CME. « Nous faisions auparavant partie des hôpitaux vertueux qui s'en sortaient pas mal dans cette situation de crise. Nos budgets étaient équilibrés ».
Seulement voilà, jusqu'en 2005, les hôpitaux touchaient une enveloppe globale de l'assurance maladie. L'année suivante, elle était reconduite avec une rallonge. Depuis 2006, on est passé à la tarification à l'activité. En clair, les établissements sont financés pour les actes réellement pratiqués.
Un « bon » déficit
Ce système est entré en vigueur à hauteur de 30 % dans leurs budgets la première année, 50 % en 2007, et doit passer à 100 % en 2008. « Nous avons pensé que ces nouvelles règles budgétaires seraient « aidantes » pour un hôpital aussi actif que Lons. Mais nous nous rendons compte que même avec une activité importante, nous allons avoir besoin du soutien de notre tutelle, l'agence régionale d'hospitalisation (ARH) ». Le docteur Baborier attribue cela au fait que des hôpitaux comme Lons ont de gros services type urgences où réanimation qui sont coûteux en personnel et en matériel, qu'il y ait des patients où pas.
« Ils ne peuvent pas se payer sur leur seule activité ». Cela dit, le vote « contre » du CME n'est pas un vote de défiance vis à vis de la direction de l'hôpital. « Elle est à notre écoute. Nous avons la chance d'avoir un partenariat constructif avec elle. Il n'y a pas de gabegie dans la gestion de l'établissement. La communauté médicale a voulu, par son vote, exprimer son inquiétude. On ne pourra pas continuer avec un tel déficit. Cela pourrait inciter à faire des choix contraires à l'éthique ou à la déontologie.
Pas d'optimisme débordant
Nous ne faisons pas ce type de choix aujourd'hui, nous ne les ferons pas demain. Notre philosophie est de soigner qui en a besoin. Nous avons voulu dire à notre tutelle que la tarification à l'activité ne suffit pas. D'autant que nous nous inquiétons aussi de la pénurie médicale annoncée. Aujourd'hui, l'hôpital de Lons à la chance de rester attractif : nous arrivons à recruter de jeunes confrères motivés. Cela participe au déficit, mais c'est un « bon » déficit. On ne peut pas faire d'économies de bouts de chandelles dans ce domaine. C'est trop important pour l'avenir ». De son côté, Denis Valzer ne veut pas confirmer des déficits « qui ne sont pas avérés ». Le directeur de l'hôpital explique que « l'hôpital de Lons, comme 80 % des hôpitaux français, vit une tension financière forte ». Et d'ajouter : « nous travaillons avec l'ARH à ce problème budgétaire aussi bien sur 2007 que sur 2008 ». Cela dit, ces nouvelles règles budgétaires induites par le plan de redressement de la sécu, n'autorisent pas un optimisme débordant. L'enveloppe prévue pour les hôpitaux n'est pas extensible. S'il y a plus d'actes réalisés qu'il n'était prévu leurs tarifs baissent. « On nous annonce une diminution des taux de 3,7 % », termine Denis Valzer, « aucune entreprise dans le privé ne pourrait subir une telle diminution de ses recettes sans connaître de difficultés ».
Jean-François Butet
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«On veut traiter l'hôpital public comme les cliniques privées»
La CGT de l'hôpital a voté contre le budget. « On veut traiter l'hôpital public comme les cliniques privées. Il faudrait qu'il soit rentable ». Pour les représentantes de ce syndicat, ce n'est pas sa vocation. « Les cliniques choisissent leurs patients, elles choisissent de pratiquer les actes qui rapportent de l'argent ». Au contraire de l'hôpital public qui accueille tout le monde et fait les soins que les pathologies nécessitent. « Même si un hôpital bosse beaucoup, la tarification à l'activité ne lui permet pas de s'en tirer. D'autant que les règles changent en cours de route. On baisse les tarifs de certains actes pour éviter de dépasser l'enveloppe initialement prévue ».
Pour la CGT, les conséquences sont claires. D'un côté on évite de creuser le trou de la sécu qui verse moins à l'hôpital, mais de l'autre c'est le budget de ce dernier qui passe dans le négatif. « C'est un transfert de déficit ! ».
Si la CGT, estimant que l'hôpital ne répond pas aux besoins de la population, vote systématiquement contre les budgets qu'on lui présente, ce n'est pas le cas de la CFDT. Pourtant, ce syndicat habituellement plus nuancé a également désapprouvé les comptes. « Ils devront rectifier le tir. Ca ne pourra pas fonctionner comme ça », commente-t-on entre ses murs.
J.F.B.
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Dole: vers un déficit de 5,5 millions d'euros ?
Etablissement comparable par sa taille à celui de Lons, l'hôpital Pasteur de Dole accuse un déficit équivalent, sinon plus. « On table 4,5 millions d'euros, mais on risque d'être à 5,5 millions » explique Yves Mamie.
« Les raisons sont en partie liées à la réforme » précise le directeur, qui distingue cinq facteurs d'explication. Primo, une certaine baisse d'activité en chirurgie, laquelle se traduit par un manque à gagner d'environ un million d'euros. Seconde explication : un problème mécanique de remboursement. « On prévoyait 93 % de remboursement par l'assurance maladie et le reste au titre du ticket modérateur, mais nos prévisions étaient trop optimistes : nous sommes entre 89 et 90 %, soit une perte d'environ 1,2 million d'euros ».
Troisième cause : le codage des séjours n'est pas suffisamment performant. « On code mal tout un ensemble de séjours. Tout un circuit est à revoir. Cela se traduit par une perte d'au moins un million, un million et demi d'euros ».
Autre cause : des dépenses pas suffisamment prises en compte dans les recettes. Les derniers travaux entrepris (pôle mère-enfant, développement du CMLS, IRM, cuisines ) se traduisent par une perte d'environ 1,8 million d'euros. « Cette somme est la conséquence des travaux sur le budget d'exploitation ».
Enfin, toute une série de dépenses ne sont pas liées véritablement à l'activité : éducation des patients, travail en réseau avec la région, etc. « Ces dépenses ne sont pas contrebalancées par des recettes. Et l'enveloppe MIG (missions d'intérêt général, NDLR) n'est pas suffisante. Cela nous coûte au minimum 500.000 euros ».
S.D.
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«Le problème ce n'est pas la tarification à l'activité»
« Le problème, ce n'est pas la tarification à l'activité. Si certaines activités sont moins rémunérées que d'autres, c'est parce que la sécurité sociale fait son travail. Elle essaye de limiter les dépenses.
La seule solution pour l'hôpital de Lons, c'est que l'agence régionale d'hospitalisation (ARH) lui apporte un complément budgétaire. Une partie des missions de service public de l'établissement ne sont pas suffisamment payées.
Le directeur de l'hôpital, Denis Valzer, et moi-même avons rendez-vous jeudi prochain avec le directeur de l'ARH Patrice Blémont. Nous allons essayer de le convaincre d'allouer ce complément financier à l'hôpital afin qu'il puisse faire face à ses missions d'intérêt général ».
Propos recueillis
par J.F.B.