L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

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Thierry39
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L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

Message par Thierry39 » dim. 11 janv. 2009, 12:06

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Article du dimanche 11 janvier 2009


L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières


Après des années à tirer le diable par la queue, la fruitière de Gigny baisse pavillon. Le 31 janvier, elle fermera définitivement ses portes. Les sociétaires ne produisent plus assez de lait pour faire vivre sept exploitations


L’histoire de la coopérative de Gigny est celle d’un combat permanent contre le sort. Créée en 1894, elle a regroupé jusqu’à soixante-dix sociétaires à son apogée, tous de Gigny ou des deux hameaux du Villard ou du Croupet. En 1965 encore, ils étaient quarante-sept. Mais le premier choc s’est produit il y a une quinzaine d’années avec une génération qui revendiquait une vie normale, c’est-à-dire des repos hebdomadaires, des congés annuels et des salaires décents.
Résultat : des coûts supplémentaires pour la fruitière et des désertions dans les troupes. Mais à chaque fois, de nouveaux venus comblaient les défections. Il a fallu attendre les cinq dernières années et un second choc pour que la situation devienne vraiment critique. « On a toujours eu assez de lait pour survivre, mais les nouveaux sociétaires qui remplaçaient les partants arrêtaient eux aussi au fil des ans. Il y a dix ans, quand la fruitière de Montagna-le-Templier a fermé, on a récupéré trois sociétaires et 600 000 litres de lait. Et il y a trois ans, on a récupéré un gros Gaec avec 570 000 litres. En ramenant toujours des gens, on se maintenait à un potentiel de 2,5 millions de litres par an, ce qui permettait de faire vivre trois personnes. Mais depuis trois ans, on a perdu coup sur coup deux agriculteurs. Du coup, il nous manque 500 000 litres. Si l’on ajoute la très mauvaise année en 2007, on n’arrivait plus à passer. » De fait, pour le président Emmanuel Champon, c’est à ce moment-là qu’il a fallu faire le deuil d’un avenir décent. Une fois les charges payées, la coopérative ne pouvait plus donner à ses sociétaires que 326 euros la tonne, alors que dans le secteur, ils étaient payés en moyenne 371 euros. En avril 2008, la décision est prise d’essayer de récupérer de nouveaux producteurs, mais il n’y a plus rien à récupérer en Petite Montagne : toutes les petites structures ont déjà disparu. Un accord est bien passé avec la fruitière d’Arthenas pour partager depuis septembre le travail du second fromager, mais c’est insuffisant. Il a fallu envisager une fermeture définitive. Résultat : quatre des sept sociétaires ont décidé de partir à la coop de Saint-Julien et trois autres à celle de Nantey
Fin octobre, la dissolution a été votée. Gigny fermera ses portes le 31 janvier. Le matériel et le bâtiment seront vendus et le personnel a été averti de son licenciement. Si les deux fromagers pourront se recaser, en revanche la vendeuse reste pour l’instant sans perspective. Sitôt la décision connue, une pétition a circulé à Gigny pour sauver la fruitière. Il a fallu que le président rencontre les habitants pour leur expliquer la situation. Finalement, c’est pour eux que cette fermeture est difficile à digérer, après la fermeture de l’école l’an dernier, c’est une autre partie du village qui disparaît…

Armand Spicher



Le CIGC prépare un plan « fruitières » avant l’été
La disparition de la coop de Gigny s’inscrit dans un mouvement de fond de concentration des fromageries qui s’explique notamment par l’augmentation des charges et des contraintes administratives. Résultat, des fruitières qui étaient encore rentables il y a dix ans ne le sont plus aujourd’hui. C’est un phénomène général. Mais à cette vague de fond s’ajoutent à chaque fois des éléments locaux. La coop de Gigny souffre d’un phénomène de manque de lait qui touche l’ensemble de la Petite Montagne, le Nord de l’Ain et dans une moindre mesure le bas Jura, mais dans d’autres secteurs les difficultés seront différentes. Ce n’est jamais la même chose et pourtant, depuis vingt ans, la filière comté fait face à cette restructuration massive. Jean-Jacques Bret, directeur du Comité interprofessionnel du gruyère de Comté, voit surtout dans la fermeture de Gigny « la disparition d’un morceau de patrimoine, une partie du comté qui s’en va, une sociologie qui s’éteint. C’est une impression douloureuse d’échec. Il est légitime qu’on s’en préoccupe! » Justement, depuis l’automne une commission a été mise en place pour réfléchir à l’élaboration d’un plan « fruitières » qui sera rendu public avant l’été. Il s’agit de réunir affineurs, producteurs et syndicats pour examiner toutes les mesures qui pourraient être prises pour éviter les fermetures « en conservant l’identité de la filière, basée sur les fruitières ».
A.S.
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Re: L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

Message par Duploussarsinonrien » ven. 16 janv. 2009, 12:39

Personne ne réagit à cette nouvelle ? Pourtant, à son échelle, elle est aussi importante que la crise que connaît le secteur automobile dans le nord de la région.

Cette fruitière disparaîtra et il semble qu’elle ne fusionnera même pas avec une autre du secteur (Balanod, Nantey, Saint-Julien…). C’est encore plus triste. Elle est de surcroît installé dans un joli village de la Petite Montagne, un coin trop méconnu au sud du Jura.

Il y a quelques dizaines de fruitières qui restent sur le fil du rasoir. Le départ ou l’arrêt d’activité d’un seul sociétaire peut amener à la fermeture.

Ce réseau de fruitières artisanal est pourtant l’un des piliers de la région. Leur travail et leur rôle ne sont pas assez valorisés.

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Re: L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

Message par héraklès » sam. 24 janv. 2009, 11:03

Ce sont les agriculteurs qui font vivre les fruitières. Leur constante diminution n'arrange rien à la chose. A notre époque, les productions tendent à se regrouper de plus en plus mettant fin à la vie artisanale traditionnelle dans les villages. C'est le cas des fromageries comme des producteurs de lait (GAEC...). Aujourd'hui pour faire face à la consommation, les industries laitières importent même du lait de l'étranger (Allemagne par exemple) lorsqu'il en manque pour atteindre le niveau de production journalière souhaité (je travaille dans la filière).
Dommage que toute cette activité qui faisait vivre les villages autrefois disparaisse de notre cadre de vie, et c'est cela qui fait le plus mal. :angry:
Même dans l'industrie fromagère, les contraintes sont de plus en plus grandes (hygiène, exigences des grands distributeurs qui fixent les prix).
D'un autre côté, il existe encore de petites unités qui grâce au bouche à oreille vendent des produits d'excellente qualité, et il est de notre devoir de faire un effort pour les faire vivre et tenir bon le manche. Car que serait le milieu rural sans cet artisanat: des villages dortoirs.

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Perle39
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Re: L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

Message par Perle39 » sam. 24 janv. 2009, 11:15

héraklès a écrit :D'un autre côté, il existe encore de petites unités qui grâce au bouche à oreille vendent des produits d'excellente qualité, et il est de notre devoir de faire un effort pour les faire vivre et tenir bon le manche. Car que serait le milieu rural sans cet artisanat: des villages dortoirs.
C'est là ma définition de ce que l'on appelle du bio, bien plus que ce que l'on peut trouver dans la grande distribution.

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Re: L’arrêt de Gigny pose le problème de l’avenir des fruitières

Message par héraklès » sam. 24 janv. 2009, 11:36

Perle39 a écrit :
héraklès a écrit :D'un autre côté, il existe encore de petites unités qui grâce au bouche à oreille vendent des produits d'excellente qualité, et il est de notre devoir de faire un effort pour les faire vivre et tenir bon le manche. Car que serait le milieu rural sans cet artisanat: des villages dortoirs.
C'est là ma définition de ce que l'on appelle du bio, bien plus que ce que l'on peut trouver dans la grande distribution.
Je ne peux pas parler de la grande distribution, sans faire, si besoin est, du tort à mon employeur. Ce sont eux qui font vivre l'entreprise.
Les produits vendus à ces mêmes grands distributeurs sont les mêmes que pour les particuliers, même dans le cas des discounters. Les contraintes de qualité qu'ils nous imposent haussent celle-ci vers le haut, ce qui est un bénéfice pour tout un chacun. Les méthodes de fabrication se sont améliorées car il faut se remettre en question tous les jours.

Après chacun est libre d'acheter où il veut. :;)

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